Certains élus de Tours Métropole ont reçu des menaces de mort, avec balles de 22 long-riffle à la clé, de la part d'un opposant au projet de tracé de la deuxième ligne de tramway par le boulevard Béranger. La démocratie et la citoyenneté sont décidément bien malades, au moins autant que l'auteur de ces menaces.

Mais par quel raisonnement intellectuel construit et argumenté peut-on partir de ces menaces évidemment intolérables pour suggérer un réexamen du projet et envisager une alternative en tramway sur pneus ? C'est un mystère d'autant plus obscur qu'il chemine aussi par un argument tout aussi étonnant : le tramway est intercepté à chaque manifestation. S'il est difficile d'apporter une réponse aux menaces (c'est d'abord le travail de la police et, peut-être, de services psychiâtriques), il est plus aisé de trouver une solution à ce problème. Outre le fait qu'il faut espérer que le principe de cortèges quasiment systématiques chaque week-end se tasse un peu (cela aura été probablement une signature de l'actuel quinquennat, entre gilets jaunes, anti-vaccination et opposants au pass sanitaire), il serait peut-être plus simple d'envisager en coordination avec le Préfet un tracé des cortèges qui ne perturbe pas l'exploitation du tramway.

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Tours - Boulevard Heurteloup - 19 mars 2019 - Le terre-plein arboré sur cet axe est-ouest semble susciter quelques crispations et la majorité politique semble un brin fragile jusqu'à envisager des scénarios bien différents de celui adopté précédemment et totalement incompatibles avec le tramway existant... © transporturbain

L'argumentaire est développé par l'ancien président la Métropole (aujourd'hui vice-président chargé du rayonnement international), et on peut se demander son niveau de connaissance du sujet lorsqu'on relit son propos (extrait d'un article de la Nouvelle République).

« Je constate que le tramway est bloqué toutes les semaines à cause des manifestations. Il ne propose aucune souplesse dans sa trajectoire. Par ailleurs, si ce transport est confortable et structurant, il coûte très cher à cause des nombreuses déviations de réseaux souterrains. Pourquoi ne pas s'inspirer des villes qui utilisent ce mode de transport en voie réservée mais qui a l'avantage d'être souple, et qui permet les déviations lorsque des obstacles se présentent sur son chemin. »

En matière de tramways sur pneus, Nancy, Clermont-Ferrand et l'Ile de France (pour 2 lignes de banlieue) qui l'utilisent encore (TVR à Nancy, Translohr pour les autres) sont dans des configurations assez différentes. Par rapport aux manifestations, en cas de cortège place de Jaude et sur le parcours du Translohr, l'exploitation est interrompue car, fut-il sur pneus, il ne peut circuler hors de son rail de guidage. Le seul cas auquel M. Briand fait allusion est donc Nancy, ce qui nous ramène à la question suivante : le TVR nancéien est-il un tramway ? La réponse est de notre point de vue négative puisqu'une partie du parcours s'effectue hors guidage. C'est aussi l'avis des services de sécurité ministériels : c'est un trolleybus à guidage partiel.

Qui plus est, au regard du tracé de la deuxième ligne de tramway, une version pneumatique entraînerait une incompatibilité totale avec la première, rejetant donc toute possibilité de tronc commun, d'intersections et de mutualisation des installations de maintenance du matériel. Comme idée du siècle, on a vu mieux... et Strasbourg l'avait furtivement carressée... avant de revenir dans le droit chemin.

En réalité donc, M. Briand repose la question entre tramway et BHNS d'autant que dans la suite de son propos, il évoque la réduction du coût d'investissement à environ 200 M€ contre 500 M€ en tramway (ce qui au passage nous apparaît tout de même fort élevé).

C'est tout de même assez différent, notamment pour le voyageur quant à la qualité du service et à l'adéquation entre la demande et la solution technique proposée. Sur le plan économique, il a été démontré que, sur le temps long, le tramway n'est pas plus cher que le BHNS.