Deux funiculaires, deux réseaux urbains relativement récents, qui se sont ignorés durant de nombreuses années, enfin réunis et probablement appelés à moyen terme à fusionner avec une forte articulation entre leur desserte fine et l’offre structurante assurée par Léman Express (le projet global et notre analyse côté français ayant été développés dans transportrail).

Le funiculaire de Thonon les Bains

243 mètres de long, 46 mètres de dénivelé, avec une pente moyenne de 21%, parcourus en 95 secondes. Le funiculaire de Thonon relie la ville qui surplombe son port et le lac : c’est aussi le trait d’union entre 2 parties très différentes de la ville. Thonon n’est pas vraiment une ville lacustre, contrairement à sa voisine.

Conçu par l’ingénieur Auguste Alesmonières, le funiculaire de Thonon a une particularité : c’est le seul dont le point de croisement se situe en courbe. Mis en service le 2 avril 1888, il fonctionnait avec un système de contrepoids d’eau fourni par la ville (logique, non ?). Les cabines étaient en bois avec une partie pour le transport des voyageurs et une autre pour les denrées. Le fonctionnement était assez erratique : la ville coupait l’approvisionnement en eau en période de sécheresse (ou pendant les grèves), ce qui est tout de même cocasse pour une ville thermale au bord d’un lac.

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Deux cartes postales du funiculaire de Thonon avec les caisses d'origine à équilibre d'eau à la gare supérieure et le sympathique bâtiment de la gare inférieure près du port dont on s'aperçoit qu'il a peu changé depuis.

En 1936, de nouvelles caisses métalliques furent construites, en aluminium. Le changement de motorisation, pour un entrainement électrique, dut attendre 1951.

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Le funiculaire de Thonon en 1966 avec les caisses métalliques arrivées en 1936 intégrant l'espace pour les vélos et les marchandises, mais aussi le système central de sécurité à crémaillère, en complément du système par câbles à motorisation électrique. (document ville de Thonon)

Ces cabines furent elles-mêmes remplacées par de nouvelles, fournies par Poma-Skirail en 1989, avec une exploitation automatisée. D’une masse de 8,5 t, elles disposent de 54 places. La voie a été rénovée, à écartement métrique. Il est d'ailleurs assez difficile de trouver des informations techniques sur le funiculaire de Thonon : le cliché ci-dessus laisse présager d'une voie plus large

Le funiculaire est intégré aux transports urbains de l’agglomération thononaise, avec un tarif de 1,10 € le trajet et 2 € pour l’aller-retour. Il circule tous les jours, avec 3 périodes :

  • Hiver d’octobre à avril, avec une pause déjeuner entre 12h15 et 13h15, et un service qui débute à 8h pour se terminer à 18h30, mais en faisant la grasse matinée le dimanche jusqu’à 10h30 ;
  • Mi-saison en mai, juin et septembre de 8h à 21h ;
  • Juillet et août avec un service étendu jusqu’à 23h.

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Thonon les Bains - 29 février 2020 - Le croisement en courbe qui fait la - modeste - renommée du funiculaire de Thonon. Les voitures de 1989 sont entièrement vitrées. On aperçoit en arrière-plan le port et le lac Léman. © transporturbain

Pour en savoir plus sur le funiculaire de Thonon, la page très complète du site remontées-mécaniques.net.

Evian : un funiculaire et un tramway !

Evian, ville mondialement connue pour ses eaux minérales, peut s’enorgueillir d’avoir eu le plus petit des tramways : 300 mètres de long ! Destiné à relier le grand hôtel Le Splendide, en construction, aux Etablissements Cachat, il avait d’abord été conçu en traction à vapeur avec une motrice Serpollet avant d’être réorienté vers la traction électrique. Et pas n’importe laquelle : Evian collectionne les titres avec ce tramway puisqu’il fut aussi le second au monde à adopter, après Lugano, le courant triphasé 50 Hz à la modeste tension de 200 V, suffisante pour la petite motrice Ganz, venue des usines de Budapest. Et en plus, Evian a eu son tramway électrique bien avant de nombreuses villes de France ! La maîtrise d’œuvre de la ligne fut confiée à l’ingénieur lyonnais Lombard-Gérin. Les travaux ont été rondement menés au premier semestre 1898 et la ligne inaugurée le 30 mai. La petite motrice à voie métrique de 16 places assurait 60 allers-retours par jour !

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Le tramway au départ des Etablissements Cachat. Le petit édicule de cette exploitation bien éphémère existe toujours. L'intérêt de cette micro-ligne était évidemment de faciliter l'accès à l'un des plus beaux hôtel de la ville.

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La motrice dans l'ascension vers Le Splendide. On croirait un jouet compte tenu de ses dimensions plus que modestes. A noter évidemment les 2 perches pour l'alimentation électrique triphasée (le rail assurant le retour du courant).

Cette réalisation devait en appeler d’autre avec un prolongement jusqu’au quai, voire en faisant le tour du centre de la petite ville. Il n’en fut rien… mais c’est l’abandon de l’extension du tramway qui mit sur les rails un projet alternatif, celui du funiculaire. Thonon sa voisine avait alors depuis 10 ans le sien, et la notoriété croissante des activités thermales, ainsi que les projets de développement hôteliers allaient faire de sa réalisation un enjeu économique… et une source de conflits avec la population et le conseil municipal pendant plus de 10 ans !

La montée de la rue des Bains, entre le lac et les Etablissements Cachat, était jugée pénible pour les curistes, mais le projet se heurta à une succession d’opposition de riverains et d’une partie du conseil municipal, considérant qu’il s’agissait d’un projet d’intérêt strictement privé. L’affaire dura plusieurs années, le Préfet s’en mêla et le funiculaire put être mis en chantier en 1907 et mis en service en fin d’année. Conséquence, le petit tramway cessa son service. Aussi court qu'éphémère !

Desservant la source Cachat, le Splendide Hôtel et le Royal Hôtel, sur 357 m, il comprenait un tunnel de 55 mètres à l’arrivée à la gare inférieure. La réalisation fut dirigée par M. Koller, ingénieur de Lausanne, passant commande de 2 voitures de 7,50 m en bois verni. Le funiculaire fut aussi le vecteur de nouveaux projets sur les hauteurs de la ville, à laquelle la Ville, mais aussi la Préfecture s’opposèrent en faisant trainer les autorisations. La Société des Bains lança les travaux en 1911 sans l’aval préfectoral, tant pour rejoindre Neuvecelle et la station inférieure des Bains moyennant un tunnel de 140 m. La déclaration d’utilité publique ne fut accordée que le 1er avril 1914 et la réception officielle eut lieu le 26 juillet 1915.

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Avec ses multiples arrêts, le funiculaire d'Evian a été surnommé le métro, mais c'est aussi en raison du choix de la décoration des stations, très inspirée des réalisations parisiennes avec les mêmes carreaux de faïence venus de Gien, et des quelques parcours souterrains.

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La montée vers Neuvecelle, avec le funiculaire restaurée et remis en service en 2002. Le wagonnet permet le transport de vélos et autres poussettes pour profiter des espaces de plein air au-dessus de la ville. (cliché ville d'Evian)

Avec une pente maximale de 22,5%, le funiculaire allait être surnommé « le métro d’Evian » car la ville avait obtenu qu’il soit un transport urbain et pas seulement un outil au service des hôtels. Le cahier des charges imposait une exploitation quotidienne de mai à septembre avec 50 départs par jour desservant les 4 arrêts intermédiaires des 771 m du parcours entre les gares haute et basse, avec une pente moyenne de 22% rattrapant 125 m de dénivelé.

Les voitures modifiées étaient allongées à 8,54 m, offrant 60 places dont 24 assises. L’exploitation sur une large amplitude accueillait en moyenne 106 000 voyageurs par an, mais avec un fort déficit. Le record de fréquentation, en 1939, atteignait 146 000 entrées.

Après la guerre, un dernier prolongement fut étudié sur 450 m sur les hauteurs, mais sans suite, d’autant que la fréquentation s’effondra, conséquence du conflit, qui n’interrompit pas le trafic, mais aussi de l’essor des autres modes de transport et de l’inflation. Résultat, avec 27 000 voyageurs en 1969, le funiculaire connaissait son dernier été avant d’être remplacé par un service d’autobus.

Le funiculaire fut sauvé de la destruction en 1983 par l’initiative d’un fonctionnaire de la Commission des Monuments Historiques, mais un incendie endommagea une partie de la gare haute en 1991. Cependant, l’idée continuait son chemin. La renaissance débuta vraiment en 1995, à la faveur d’une alternance politique et d’un retour en grâce des transports publics. La ville racheta l’infrastructure pour un franc symbolique. Le funiculaire, objet patrimonial évianais, allait renaître, d’abord par la restauration des voitures et de l’infrastructure, en particulier du tunnel et des murs de soutènement. L’inauguration officielle eut lieu le 20 juillet 2002. Depuis, de mai à septembre, il fonctionne de 10h à 12h30 et de 13h15 à 19h20.

Pour en savoir plus sur le funiculaire d'Evian, la page très complète du site remontées-mécaniques.net. Nous y retournerons... quand il fonctionnera, car il ne circule qu'à la belle saison. Dommage !

Un réseau de bus intercommunal

Depuis 1990, un réseau de bus dessert Thonon et les communes alentours, étendu à Evian et Publier en 2000-2003. Il est depuis sous l’autorité conjointe de Thonon Agglomération et de la Communauté de communes Pays d’Evian Vallée d’Abondance, concernant au total 47 communes.

Le réseau comprend 11 lignes régulières desservant 340 arrêts sur environ 112 km. Il a été réorganisé en décembre 2019 avec la mise en service de Léman Express, pour compenser une absence de taille : aucune liaison entre Thonon et Evian. Une nouvelle réforme est envisagée en 2021 avec la reprise des 10 lignes interurbaines du périmètre qui sont actuellement sous le label LIHSA, l’ancien réseau départemental de Haute Savoie.

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Thonon les Bains - Place des Arts - 29 février 2020 - Sur ce cliché, 2 GX137 dont celui qui débute son parcours, pelliculé à l'occasion de la mise en service de Léman Express. Le réseau de bus évoluera en 2022 pour mieux quadriller le territoire et s'intégrer avec le train et les bateaux sur le lac Léman. © transporturbain

La difficulté pour ce réseau réside dans la connexion aux gares. Il est assez mal aisé de venir au plus près de celle de Thonon du fait de l’exiguïté de l’espace, amenant les voyageurs à passer du train au bus moyennant 150 m de transit pour rejoindre la place des Arts où se situent le principal arrêt du réseau. Même chose à Evian : la gare est excentrée et l’avenue de la gare est une impasse surélevée par rapport à l’axe principal.

Le bassin Thonon-Evian constitue depuis décembre 2019 la zone 300 de la communauté tarifaire du Léman Pass.

Ce qui est assez étonnant, c’est l’absence de tout service de transport urbain les dimanches et fêtes. Pour faire place nette à l’automobile ? L’absence se fait tout particulièrement ressentir à Evian, où la gare est à l’écart du centre-ville et en lien avec l’embarcadère de la Compagnie Générale de Navigation, qui assure la relation avec Lausanne.

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Evian les Bains - 1er mars 2020 - A Evian le dimanche, les seuls transports en commun sont interurbains : le train ou le bateau, avec les navettes de la CGN reliant Lausanne (port d'Ouchy) en une demi-heure. © transporturbain

Une refonte de l’offre est étudiée pour 2022, à l’issue des délégations de service public actuelles des réseaux de Thonon, Evian et LISHA. La recomposition devrait ainsi donner lieu à de notables améliorations avec la création d’un service dominical et une lisibilité accrue du service avec un cadencement aux 20 minutes des lignes structurantes.

Le service est assuré en 2020 avec une vingtaine d’autobus, quasiment tous fournis par Heuliez : 12 GX127, 6 GX137, 3 GX327, 1 GX337 et un Solaris Alpino 8.9.