A Limoges, les trolleybus sont une institution. Ils font partie intégrante de la ville au même titre qu'un monument prestigieux. Dans les dépliants touristiques, les trolleybus de Limoges sont présentés comme un élément incontournable que tout visiteur doit connaître ! Le site Internet de l’exploitant témoigne de l’intérêt porté localement au trolleybus.

Une introduction pendant les années sombres

Le réseau limougeaud s’intéressa à partir de 1935 au trolleybus pour remplacer un réseau de tramways en mauvais état, par un voyage à Liège, pionnière en Europe.  Le projet était présenté le 14 octobre 1935. La décision était entérinée le 10 octobre 1938. Le financement des 27 km de lignes aériennes, de la sous-station et des 40 voitures était assuré par un emprunt sur 30 ans.

La CTEL, filiale de la société Trindel, spécialisée dans les installations électriques et la pose de voies ferrées, mit à la disposition de la société Satramo (filiale d’Alsthom et de Scemia) les ateliers du Clos Moreau pour la construction des trolleybus, où se replia l’entreprise Vétra en 1940 après l’armistice. C’est ainsi que Limoges et le trolleybus furent liés.

La conversion du réseau de tramways aux trolleybus ne fut officialisé que le 15 septembre 1939. La guerre devait aussi retarder les travaux en raison de la pénurie de matériaux.

La ligne 2 Place Carnot – Avenue Baudin, fut mise en service le 14 juillet 1943 : 5 trolleybus CB60 sortant des ateliers du Clos Moreau étaient engagés avec une fréquence de 6 à 7 min 30 selon les heures. Le conducteur du trolleybus inaugural, embauché depuis peu, eut une carrière dans un tout autre domaine : il s’agissait de Jean Lefebvre, pas encore comédien.

Avec des moyens de fortune, la CTEL mit en service une extension du réseau le 14 octobre suivant avec la ligne 3 Place Carnot - Cimetière de Louyat. Une seconde sous-station  fut installée près de la place Carnot en octobre 1945 pour prendre en compte l’augmentation de la puissance appelée par les trolleybus, mieux motorisés que les anciens tramways. Parallèlement, la ligne 6 Faubourg d’Angoulême – Place Denis Dussoubs était mise en exploitation le 20 novembre. A cette date, l’exploitation était confiée à 22 CB60 tous construits au Clos Moreau.

limoges-CB60

Limoges - gare Montjovis - 1969 - Deux CB60 dans leur austère livrée d'origine mariant deux tons de gris, en attente hors réseau électrique au terminus. © J-H. Manara

Limoges, bastion du trolleybus Vétra

Le 3 novembre 1947, la ligne 4 Place Denis Dussoubs – Avenue Labussière fut à son tour équipée, avant d’être prolongée à l’Hôtel de ville en septembre 1948 et au Pont Saint Martial le 2 mai 1949.

La ligne 5 Bénédictins – François Perrin reçut ses trolleybus le 2 mars 1951. La veille, la rentrée du dernier tramway de la ligne 1 Place Carnot – Route de Lyon la veille au soir marquait la fin d’une époque : celle-ci devait être exploitée par autobus jusqu’au 5 juillet, lorsque les trolleybus prirent la relève. Dès lors, le réseau de tramways avait été intégralement converti. Toutefois, une nouvelle ligne 9 Place d’Aine – Porte de Louyat avait été créée provisoirement en autobus et exploitée par trolleybus le 20 mai 1953.

La CTEL devenait le 17 décembre 1954 la Compagnie des Trolleybus de Limoges : le parc était alors composé de 30 CB60, 10 VCR et 2 CS60 acheté au réseau du Mans. Elle se dota en complément de 3 CB60 entre 1954 et 1957 puis de 3 ELR en 1960.

Le réseau évoluait peu, avec 4 extensions dans la décennie 1960 :

  • Bénédictins – Jean Gagnant sur la ligne 5 devenant 5/8 le 23 novembre 1963,
  • avenue Baudin à Pierre Curie de la ligne 2/3, le 1er juin 1965,
  • Cimetière de Louyat – La Bastide en 1968, toujours sur la ligne 2/3,
  • Armand Dutreix – Mas Bouyol  sur la ligne 6 en 1970.

Afin d’augmenter la capacité de transport, la CTL achetait en 1966 à la RATP 24 VBRh libérés par la suppression des trolleybus parisiens et se dota en 1960 de trois ELR. 4 CB60, 2 CS60 et les 10 VCR purent être réformés entre 1966 et 1972.

Limoges-VBRh

Limoges - Boulevard Louis Blanc - 1978 - Le VBRh n0259, ex-RATP, a encore fière allure depuis sa rénovation. En dépit de leur allure quelque peu désuète, ces trolleybus déjà trentenaire circulèrent encore une dizaine d'années dans les rues de Limoges. © J-H. Manara

Alors que la plupart des réseaux ont été démantelés, la CTL engageait un programme de modernisation poussé de son parc, grâce au stock de pièces laissé par Vetra lors du dépôt de bilan de l’entreprise. La chaîne de traction fut révisée, les moteurs restaurés. Le poste de receveur fut supprimé avec l’adoption du libre-accès en 1973 et l’habillage intérieur mis au goût du jour. La CTL abandonnait la livrée austère à deux tons de gris pour un mariage blanc et rouge classique et du meilleur effet. Cette rénovation permit de prolonger de quinze ans le service des Vetra, dont la réforme n’est prononcée qu’entre 1983 et 1989.

Le 3 septembre 1979, les trolleybus de la ligne 4/7 étaient prolongés avenue Georges Pompidou, marquant le retour des extensions du réseau.

Modestes extensions mais réaffirmation du trolleybus

En 1983, la CTL engageait le renouvellement progressif de son parc avec la commande de 15 ER100H à chaîne de traction Alsthom identique aux ER100H de Saint Etienne. La nouvelle STCL recevait 10 voitures supplémentaires en 1987 et à nouveau de 15 voitures en 1989, cette fois du type – unique en France – ER100.2H. A cette date, les derniers VBRh ex-RATP étaient réformés.

ER100Hwilson

Limoges - place Wilson - 25 janvier 2006 - Limoges fut la seule ville dotée d'ER100.2H basés sur la version restylée de la gamme apparue en 1984. Il s'agissait également des derniers ER100 produits. © transporturbain

Le réseau renoua avec les inaugurations le 11 septembre 1996 : le prolongement de la ligne 6 à La Bastide 2 avait conduit la STCL à l’exploiter par autobus. Dès l’achèvement des travaux de pose de la ligne aérienne, les ER100 reprenait la desserte. En outre, en 1997, la réorganisation des lignes 4 et 5 dans le centre-ville modifia les itinéraires. Quatre ans plus tard, la décision de tirer des lignes sur l’extension à Roussillon de la ligne 5 permit de mettre fin à l’exploitation en autonomie des ER100 à compter du 5 janvier 2004 avec un terminus à La Cornue. Enfin, le 4 juillet 2009, la ligne 4 fut prolongée de Georges Pompidou au pôle Saint-Lazare.

ER100Hposte1

Limoges - rue Turgot - septembre 2005 - Les ER100H ont arboré la nouvelle livrée apparue dans les années 1990 sur le réseau, succédant à la découpe de rouge et blanc apparue en 1966. © transporturbain

Le renouvellement du parc : Cristalis et Swisstrolley

En 2004, la STCL lança un appel d’offres pour remplacer ses ER100, auquel répondirent Irisbus (Cristalis), Van Hool (A330T) et Solaris (Trollino). Irisbus était retenu pour une commande de 27 voitures livrées entre 2005 et 2011. A partir de 2005, la CTL reçoit 21 Cristalis ETB12 pour remplacer progressivement les ER100H, dont 13 sont maintenus en service.

dsc_0415

Limoges - place de la Poste - 2013 - Les ETB12 ont pris la relève des ER100 : la compétence des électriciens de la STCL semble avoir réussi à apprivoiser la complexité de ce trolleybus. (cliché X)

En juin 2011, à défaut de pouvoir commander de nouveaux Cristalis après l’arrêt de la commercialisation de ce modèle, une commande de quatre trolleybus articulés est passée après appel d’offres auprès de Hess avec le Swisstrolley 4 qui remportait son premier marché en France, honoré en 2013, année des 70 ans du trolleybus à Limoges.

031013_SWISSTROLLEYgare-montjovis_buisson

Limoges - avenue Montjovis - 3 octobre 2013 - Les Swisstrolley de Limoges ont été dessinés avec une face avant proche de celle du Cristalis, et arborent - du moins temporairement - un pelliculage coloré. Ils perpétuent la tradiction du trolleybus à Limoges. © C. Buisson

Le réseau de trolleybus de Limoges, long de 32,5 km, comprend cinq lignes :

  • 1 Route de Lyon – Porte de Louyat ;
  • 2 Pierre Curie – La Bastide
  • 4 Montjovis – Pôle Saint Lazare
  • 5 Jean Gagnant – La Cornue
  • 6 Bastide2 – Maréchal Juin

Il s’agit du seul à ne pas avoir été réduit depuis sa construction et à toujours n’avoir connu que des extensions. Il représente toujours la base des services de la capitale limousine, même si la principale ligne de l’agglomération, la ligne 10, est exploitée par autobus articulés. Son électrification est parfois évoquée.