Un développement rapide en Algérie

La réintroduction massive et rapide du tramway en Algérie ressemble au mouvement connu en France au cours des 30 dernières années. Les questions de circulation dans les grandes villes à la démographie particulièrement dynamique impose de nouvelles approches sur la mobilité. Alger apparaît comme une pionnière, d’autant plus que l’Entreprise du Métro d’Alger est chargée de la maîtrise d’ouvrage de la plupart des projets. RATP Dev et Alstom s’arrogent également un rôle important, sur l’ingénierie et l’exploitation pour la première, sur le matériel roulant et les équipements ferroviaires pour la seconde.

Après l’inauguration des premières lignes des 3 principales villes du pays (Alger, Oran et Constantine), pas moins de 15 projets sont actuellement en étude dans la plupart des villes algériennes : 6 d’entre eux seront engagés dès 2014 pour une mise en service attendue entre 2017 et 2020

A Alger, une ligne de 23,2 km a été mise en service en 4 étapes, à partir du 8 mai 2011. Les extensions ont été livrées le 15 juin 2012, le 22 avril 2014 et le 14 juin 2015. Les 48 rames Citadis assurent une desserte toutes les 7 minutes. Le trafic de cette première ligne de 27,4 km et 36 stations devrait à terme dépasser les 185 000 voyageurs par jour.

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Alger - rue de Tripoli - 20 mars 2014 - Certaines rues ont été réservées au tramway et aux piétons. C'est le cas de la rue de Tripoli, devant la mosquée. On notera l'élégance de la livrée et la propreté du matériel. © A. Knoerr

Le développement du tramway est coordonné à celui du métro : le 1er novembre 2011, la première ligne du métro d’Alger était enfin mise en service après plus de 70 ans de discussions. Conçu et construit par Vinci-Dywidag (génie civil), Siemens (installations fixes, système d’exploitation) et CAF (matériel roulant), la première section est longue de 9,5 km avec 17 stations. 9,4 km sont actuellement programmés pour être livrés aux algérois fin 2017. Au-delà, deux lignes supplémentaires sont en étude pour une réalisation autour de 2020.

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Alger -  Station Haï el Bader - 20 mars 2014 -Seule station aérienne du réseau, c'est le terminus provisoire du métro algérois. Les rames composées de 6 voitures ont été fournies par CAF : le métro et le tramway sont les deux principaux outils de la ville d'Alger pour endiguer la circulation automobile. © A. Knoerr

A Oran, la ligne de 18,7 km et 32 stations, ouverte le 2 mai 2013, a coûté 400 M€. Elle devrait être prolongée en fourche avec une antenne de 5 km pour la desserte de l’aéroport et une seconde branche de 16,5 km, totalisant 40 stations supplémentaires. Le service est actuellement assuré toutes les 5 minutes par 30 Citadis.

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Plan du tramway d'Oran en 2013.

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Oran - rue Emir Abdelkhader - 22 avril 2014 - Dans les rues du centre-ville d'Oran, le nouveau tramway circule dans des rues que son prédécesseur du 19ème siècle avait déjà emprunté. Notez l'ancrage de façade toujours présent au coin de l'immeuble à gauche. © A. Knoerr

A Constantine, les 8,9 km inaugurés le 4 juillet 2013 desservent 10 stations. Les extensions totalisant 11,8 km devraient être mises en travaux dès la fin de l’année 2014. Les 27 Citadis déjà présents sur le réseau devraient probablement être rejoints par une deuxième commande.

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Plan du tramway de Constantine en 2013.

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Constantine - Station Benabdelmalek Ramdhane - 18 avril 2014 - En Algérie aussi, des choix de personnalisation des faces avant de tramway ont été demandées par les municipalités : néanmoins, les designers finissent par tourner en rond et on peut ici noter une certaine similitude avec les rames du Havre. © A. Knoerr

2017 : ouverture du tramway de Sidi bel Abbes

Le réseau comprenant 2 lignes a été mis en chantier en 2013 et mis en service le 25 juillet 2017. D'une longueur de 17,8 km avec 28 stations, il est exploité à l'aide de 34 Citadis 402 assemblées par l'entreprise CITAL constituée avec Alstom, le métro d'Alger et la SNTF, les chemins de fer algériens. Le service est cadencé aux 5 minutes pour un trafic potentiel de 80 000 voyageurs par jour.

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Plan du tramway de Sidi bel Abbes en 2017.

A Sétif, les mêmes entreprises ont lancé les travaux d’une ligne de 15,2 km et 30 stations. La desserte assurée toutes les 4 minutes devrait également atteindre 80 000 à 90 000 voyageurs par jour.

A Ourgala, la ligne de 12,6 km et 13 stations, d’un coût de 365 M€, a été mise en chantier au début de l’été. Le génie civil est confié à un groupement d’entreprises espagnoles tandis que les équipements ferroviaires reviennent à Alstom.

A Blida, le projet d’une première ligne de 12 km a été confirmé. La création de réseaux à Mostaganem (14 km et 24 stations et Annaba (21,8 km et 35 stations) sont également en fin d’étude et devraient être confirmées portant la longueur cumulée des réseaux de tramways algériens à 158 km. En outre, les études se poursuivent à Bejaïa, Biskra, Djelfa, Skikda, Tebessa et Tlemcen.

Comme en France, le Citadis d’Alstom s’est octroyé pour l’instant le monopole des commandes de matériel roulant. En outre, et cela ne peut être que souligné et apprécié, tous les tramways algériens sont au gabarit large de 2,65 m. Seules les rames d’Oran sont en version 32 m, alors qu’à Alger et Constantine, la version 43 m a été adoptée. Même chose à Mostaganem où une commande de 25 rames a d’ores et déjà été passée. Celles de Sétif et Ouargala devraient suivre.

Les tramways au Maroc

Algérie et Maroc, deux pays dont la dynamique en faveur des transports en commun et notamment du tramway depuis le début des années 2000 témoigne de la volonté de contenir le trafic automobile dans les centres urbains. Les caractéristiques des réseaux dans les deux pays est assez proche, tout comme le montage retenu pour leur construction, avec une forte implication des entreprises françaises.

Le 23 mai 2011, le premier tramway moderne circulait au Maroc avec l’inauguration du réseau de Rabat-Salé, exploité par Transdev. Les 2 lignes totalisent 19 km et 30 stations formant un réseau en croix avec un tronc commun de 3 km. Le service est assuré par 44 éléments Citadis d’Alstom de 32 m de long. Ils ne comprennent qu’une seule cabine de conduite  et sont assemblés « tête bêche » pour former 22  convois réversibles. Son succès est considérable puisque 172 000 voyageurs par jour sont enregistrés après 3 ans d’exploitation. Il devrait entraîner la réalisation de nouvelles sections : 10 km sont déjà à l’étude avec une mise en service d'ici 2020. A terme, le réseau devrait comprendre 4 lignes.

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Tramway de Rabat-Salé en 2011.

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Rabat - devant la Médina - 21 octobre 2013 - Premier tramway marocain moderne à Rabat-Salé : les convois doubles témoignent du besoin de transports collectifs performants et capacitaires. © A. Knoerr

La première ligne du réseau de Casablanca a été inaugurée le 13 décembre 2012. Longue de 31 km et comprenant 48 stations, elle a immédiatement trouvé son public et a déjà dépassé les 100 000 voyageurs par jour. Elle est exploitée avec 37 doubles rames Citadis d’Alstom, qui circulent en rames doubles comme à Rabat. Le schéma directeur prévoit de créer 3 autres lignes totalisant 54 km supplémentaires et la décision de juillet 2014 d’abandonner le projet de métro léger de 15 km au profit de 79 km de tramways devraient faire du tramway le mode de transport dominant dans la deuxième ville du Maroc. Si la deuxième ligne devrait être exploitée avec des Citadis par levée d'options au marché initial, pour les troisième et quatrième lignes, un appel d'offres a été lancé en 2017. Alstom, Bombardier avec CAF, le chinois CRRC et le tchèque Skoda ont répondu.

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Casablanca - Terminus Aïn Diab - 22 octobre 2013 - Cette fois-ci, l'esthétique du trqmway semble quelque peu empruntée au tram-train Dualis. Il n'empêche que les Citadis de Casablanca sont très élégants avec leur livrée rouge sombre. Notez les portillons de contrôle d'accès aux quais... mais on peut aussi accéder aux quais par les voies... © A. Knoerr

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Schéma de développement des transports de Casablanca. La ligne T2 reprendra une des branches de T1.

Tunisie : le métro léger de Tunis

Mis en service en 1985, le métro léger de Tunis circule essentiellement en surface mais comprend quelques sections souterraines. Le réseau comprenait 5 lignes, livrées entre 1985 et 1992 jusqu’à la création d’une sixième liaison en 2008. Au total, le réseau comprend 45 km d’infrastructures desservant 66 stations.

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Tunis - Dépôt de la Marine - 16 mars 2014 - L'un des deux dépôts du métro léger de Tunis où on aperçoit quelques doubled rames Citadis au milieu de la flotte de rames d'origine Duwag. © A. Knoerr

La desserte a été d’abord assurée par des rames Siemens de type Hanovre, composées de 3 voitures à plancher haut et couplables en unité multiple de 2 éléments. A l’occasion de la mise en service de la ligne 6, une commande de 30 rames a été passée à Alstom, sur la base du tramway Citadis, en version 32 m et large de 2,40 m. Ces éléments circulent sur les lignes 1 et 6 et sont également couplés par 2 pour former des rames de capacité équivalentes, mais plus faciles d’accès puisqu’à plancher bas. Comme à Rabat et Casablanca, elles sont monocabines et assemblées tête-bêche.

La ville envisage une extension de 12 km de ce réseau, complétant un schéma de transport métropolitain qui s’appuiera principalement sur le Réseau Ferroviaire Rapide de 86 km, dont les 18,5 km de la première phase ne seront livrés qu’en 2017, soit avec un an de retard sur le calendrier initial.