Dix-neuvième réseau français, le nouveau tramway d'Angers a été mis en service le 25 juin 2011. Outre l'augmentation de capacité sur les principaux axes de l'agglomération, le tramway s'inscrit dans le cadre d'une rénovation urbaine, le renforcement du lien entre la ville-centre et les quartiers de périphérie et la réalisation du contournement de la ville, jusqu'à présent traversée par l'autoroute A11 Paris - Nantes, pour engager la reconquête par la ville des berges de la Maine. Il marque le retour de ce mode de transport dans cette agglomération où il avait disparu en 1949.

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Avrillé, pont sur la Maine - 1er octobre 2011 - L'élégant ouvrage en bowstring franchissant la Maine est réservé aux tramways et aux piétons. Particularité de l'ouvrage, il ne comprend qu'une seule arche en position centrale. © transporturbain

Le premier réseau (1896 - 1949)

C'est assez tardivement que la cité angevine se dota d'un tramway, puisque la première ligne fut mise en service le 21 mai 1896. Le réseau défini comprenait 14 km de lignes urbaines et 8 km suburbains. L'ouverture concerna d'abord les lignes suburbaines d'Erigné et de Trélazé, toutes deux amorcées place du Ralliement, au centre d'Angers. Les lignes urbaines étaient rapidement constituées, mises en service dans le courant de l'année 1897.

  • 1 : Ecole du Génie - Place Ney par la rue Vauban
  • 2 : Gare Saint-Laud - Route de Paris
  • 3 : Gare Saint-Laud - Gare Saint-Serge
  • 4 : Place du Ralliement - Place Lyonnaise
  • 5 : Place du Ralliement - Route de Nantes
  • 6 : Place du Ralliement - La Madeleine

Immédiatement équipé pour la traction électriques, le parc comprenait 31 motrices de 30 CV et 12 remorques ouvertes. Trois ensembles supplémentaires furent réceptionnés ultérieurement, ainsi que 8 motrices Buire venues du réseau de Tours pour renforcer la capacité de transport devant le succès du service. Néanmoins, le succès fut de courte durée, puisqu'en 1934, la ville préconisait l'exploitation par autobus et la contraction du réseau ferré aux lignes principales, remaniées pour supprimer les terminus place du Ralliement.

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La place du Ralliement et ses anciens tramways, avec balladeuses. Le trafic automobile commence déjà à occuper le terrain. Le nouveau tramway passe plutôt de l'autre côté de la place, la rue de la Roë étant au débouché de l'immeuble surmonté d'une réclame pour une boisson d'époque...

  • 1 : Vauban - Place Ney
  • 2 : Madeleine - Docteur Bichon
  • 3 : Route de Paris - Route de Nantes

En 1944, les bombardements touchèrent fortement le réseau dont seule la ligne 1 put être remise en service en 1946. Cependant, la vétusté extrême du matériel et des infrastructures ne permit pas à la ville de maintenir le tramway en raison des coûts d'investissement élevés. La ligne 1 était convertie à l'autobus en mai 1949.

La renaissance du tramway à Angers

Voisine de Nantes, la ville d'Angers n'avait pas à aller bien loin chercher son inspiration, d'autant que Le Mans avait aussi fait le choix du tramway et qu'Orléans avait su démontrer, non sans quelques difficultés, la pertinence de ce mode de transport dans des agglomérations de taille intermédiaire. Après de premières réflexions dès 1999, la mission tramway était donc créée en 2001, aboutissant en 2004 au choix du tramway classique face au "tramway sur pneus". Déclarée d'utilité publique en 2007, la première ligne de 12,3 km et 25 stations  (avec un espacement moyen de 512 m) pouvait être mise en construction.

Cette première ligne, entre Avrillé et le quartier de La Roseraie. Au départ d'Avrillé, une première section alimentée par le sol est établie au droit de l'église de la ville : elle est d'ailleurs en voie banalisée avec la circulation générale, ce qui constitue la première application de l'APS hors site propre. La courte section sans fil pose la question de ses réelles motivations : comme à Bordeaux, elle semble plus relever de la diplomatie entre communes soucieuses d'une certaine forme de modernité. Le tramway bénéficie d'un pont réservé au tramway et aux piétons pour franchir la Maine après avoir desservi l'hôpital.

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Avrillé, place Saint-Gilles - 1er octobre 2011 - Courte section en alimentation par le sol dans Avrillé avec circulation banalisée. Le tramway s'intègre parfaitement dans la rue principale, relativement étroite ce qui nécessite quelques efforts de la part des riverains dans leur vie quotidienne.© transporturbain

Le tracé choisit ensuite la desserte du centre-ville, par la place du Ralliement, à laquelle le tramway accède par la rue de la Roë, en voie unique et alimenté par le sol. Le tramway retrouve son fil d'alimentation aérien sur le boulevard Foch, où est également implanté l'amorce du tracé de la deuxième ligne. Une paire d'aiguillages est aussi installée à proximité de la gare toujours dans le même but. La première ligne dessert la gare par l'ouvrage surplombant les voies ferrées, dans le cadre du réaménagement du bâtiment voyageurs, en coopération avec la SNCF. Après avoir desservi la rue de Létanduère, en grande partie en site partagé avec la circulation générale du fait de son étroitesse, le tramway irrigue les quartiers d'habitat collectif dans le cadre d'une rénovation urbaine.

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Angers, rue de la Roé - 1er octobre 2011 - La rue de la Roé et sa disposition inédite préservant l'accès aux commerces pour les livraisons, la circulation des piétons et du tramway dans une rue étroite. On aperçoit en arrière-plan l'aiguillage marquant la fin de la voie unique sur la place Molière... et un cycliste sur l'APS ! © transporturbain

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Angers, place du Ralliement - 1er octobre 2011 - Une rame quitte la place pour s'engager rue de la Roé en direction d'Avrillé. L'exploitation de cette section de voie unique sur une ligne dont les fréquences oscillent entre 6 et 10 minutes en semaine ne semble pas générer de difficultés notables dans l'exploitation. La place était autrefois le point central du réseau angevin. La modification du parking souterrain a surtout permis de dégager un vaste espace au coeur de la zone piétonne. © transporturbain

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Angers, boulevard Foch - 1er octobre 2011 - Le tramway s'engage sur le boulevard, quittant la rue d'Alsace. Cette grande artère restructurée a fait plus de place aux piétons. On remarque évidemment les deux aiguilles de séparation anticipant la ligne B. Etrangement, seule une des deux voies est pré-équipée d'APS. On note aussi en arrière-plan un R312, alors en voie de réforme. © transporturbain

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Angers, rue de Létanduère - 1er octobre 2011 - La place Lafayette offre une surlargeur qui a permis d'installer l'une des stations desservant le quartier. © transporturbain

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Angers, rue Bergson - 1er octobre 2011 - Disposition classique au sud de la ville, avec franchissement d'un rond-point et plateforme engazonnée. © transporturbain

Le service est assuré par 17 rames Citadis 302 fournies par Alstom, et équipées de l'alimentation par le sol. La vitesse moyenne atteint 19 km/h, le temps de trajet s'établissant à 39 minutes pour desservir les 22 stations. Le succès du tramway a été rapide et la fréquentation atteint 35 000 voyageurs par jour. Cependant, l'exploitation pourrait gagner en performance car les rames plafonnent à 50 km/h alors que le profil de l'infrastructure autoriserait des pointes à 60 km/h sur plusieurs sections, notamment entre Avrillé et l'hôpital ainsi que dans le quartier de la Roseraie.

Le coût du projet atteint 289 M€, dépassant les estimations initiales en raison du renchérissement des matériaux de construction et des aménagements supplémentaires liés au franchissement de la Maine. Le projet a aussi été retardé, la mise en service étant initialement envisagée en 2009.

Une deuxième ligne et des opportunités

La Déclaration d'Utilité Publique du projet de deuxième ligne a été approuvé par l'Etat, via la Préfète du Maine-et-Loire, le 9 mars 2017. Il intègre, comme nous l'avions suggéré, un maillage du réseau et une troisième ligne sera proposée. Les liaisons proposés diffèrent de notre réflexion de 2014, mais le principe du maillage a été adopté. Bonne nouvelle !

Ainsi, la ligne A sera déviée entre les stations Saint Serge - Université et Foch - Maison Bleue pour emprunter les nouvelles infrastructures créées au titre du nouveau projet. Elle ne passera donc plus par la place du Ralliement. La ligne B reliera Belle-Beille à Monplaisir et partagera ses voies avec la ligne A entre les stations Molière et Centre des Congrès. Une ligne C assurera la liaison directe entre Belle-Beille et La Roseraie, récupérant le tracé par la place du Ralliement, assurant à la fois la liaison directe Gare - Coeur de Ville (actuellement assurée par la ligne A) et Gare - Technopole de Belle-Beille.

L'objectif est désormais une mise en service des 9,9 km du projet en fin d'année 2022. Le coût total du projet est désormais de 245 M€, y compris le matériel et roulant et l'atelier de maintenance. Angers Loire Métropole financera à hauteur de 210 M€, avec le concours de l'Etat (25 M€) et de la Région (10 M€).