Le constructeur espagnol a développé une gamme de tramways à plancher bas d’abord pour répondre aux besoins du marché intérieur, notamment pour la réalisation du métro léger de Bilbao. La deuxième version de cette gamme a été développée pour 4 réseaux : Velez-Malaga, Vitoria, Séville et Antalya. La troisième version est résolument tournée dans une perspective de conquête des marchés européens. Elle se veut également plus flexible afin de s’adapter à la diversité des besoins des agglomérations. Il ne s’agit pas tant de miser sur le design du matériel roulant que d’intégrer des besoins fondamentaux, notamment en gabarit, en alimentation et en maîtrise des coûts de construction des rames. Bref, CAF souhaite venir proposer une offre de plus dans un marché européen dominé d’abord par Bombardier et Siemens, et plus particulièrement un marché français dominé par Alstom.

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 Séville - Pablo de Olaveide - 21 février 2013 - Le métro léger de Séville est essentiellement souterrain mais comprend des sections aériennes établies en plateforme indépendante de la voirie. Il est exploité avec des Urbos2 munis d'un contrôle de vitesse et d'un système de contrôle-commande de l'évolution des rames. © transporturbain

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 Séville - Avenue de la Constitution - 20 février 2013 - La courte ligne de tramway dans le centre de la cité andalouse combine alimentaiton par fil et batteries. La ligne est exploitée avec des Urbos3. © transporturbain

Une gamme flexible

Ainsi, l’Urbos3 est à plancher bas intégral et répond aux dernières normes d’accessibilité et de sécurité passive. La gamme se décline en différentes longueurs de 23 à 60 m de longueur, avec la possibilité d’adopter 3 gabarits : 2,30 m, 2,40 m et 2,65 m. Il peut être alimenté par super-condensateurs pour se passer de lignes aériennes, ce qui est parfois un argument déterminant pour l’acceptabilité politique du tramway en centre-ville.

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Saragosse - Les Urbos 3 reprennent l'architecture désormais quasiment standardisée des tramways avec un élément de 32 m comprenant 5 modules articulés sur 3 bogies. © Th. Assa.

Le choix de CAF fut celui d’un matériel de tramway qui se positionne non pas dans une approche minimaliste mais en réponse aux fonctionnalités essentielles des réseaux afin de maîtriser le coût de construction mais aussi d’exploitation et de maintenance.

La gamme Urbos se caractérise par une forte motorisation qui lui procure des accélérations très véloces, au point qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser toute la puissance disponible. A Besançon, il a même été nécessaire de brider les rames compte tenu des à-coups et de quelques chutes à bord. A Séville, les rames Urbos2 sur le métro léger circulent à une vitesse moyenne de 30 km/h avec une vitesse de pointe de 70 km/h. En revanche, les Urbos3 circulent à plus faible allure, la courte ligne centrale n’autorisant guère plus de 30 km/h sur un tracé en zone piétonne sur les trois quarts du parcours. Elles circulent sur batterie sur une partie du parcours, non pas par souci d’esthétisme le long de la Giralda, mais pour éviter les manœuvres de la ligne aérienne pendant les fêtes sévillanes : d’ailleurs, initialement, la ligne était exploitée en Urbos2 avec fil aérien.

Enfin, le bogie moteur procure une  insertion en courbe légèrement supérieure à celle du bogie Arpège du Citadis d’Alstom. Un atout pour les tracés urbains, mais cependant sans égaler les aptitudes du Flexity.

L’Urbos3 sur le marché européen

Cinq réseaux ont retenu l’Urbos3 en Espagne : Cadix (7 rames), Grenarde (13 rames), Saragosse (21 rames) et Vélez-Malaga (3 rames depuis parties à Sydney). Le constructeur a engrangé plusieurs succès en Europe, notamment en Hongrie où débute la livraison de 36 rames à Budapest, dont 12 unités de 56 m, et où s’achève celle des 18 éléments de Debrecen. En Serbie, 30 rames circulent à Belgrade. En Suède, 15 rames AXL circulent à Stockolm. Au Royaume-Uni, CAF a placé 27 rames à Edimburg et 20 en cours de livraison à Birmingham. Enfin, dernier marché remporté sur le marché européen, 12 rames arriveront en 2017 à Fribourg-en-Brisgau.

L’Urbos3 hors d’Europe

Trois marchés ont été remportés sur le continent américain avec 40 rames pour le réseau brésilien de Cuiaba, 5 rames à Cincinatti, 4 à Kansas City et le prochain réseau de Houston. En Australie, 10 rames circulent à Sydney, dont 3 proviennent de l’éphémère réseau de Vélez-Malaga.

Et en France ?

Jusqu’en 2012, le marché français du tramway était très largement dominé par Alsthom avec le TFS puis le Citadis. Lille, Nantes, Strasbourg et Marseille ont fait exception. A Nantes, le renforcement de la desserte de la ligne 1 et la perspective de la liaison entre la ligne 1 et la ligne 2 a nécessité la commande de 12 rames. La SEMITAN cherchait à reproduire les caractéristiques de l’Incentro qui lui donnait satisfaction, notamment les doubles portes aux extrémités, dont l’absence est peut-être le principal défaut du Citadis d’Alstom. L’arrivée des 12 rames Urbos3 longues de 37,3 m en 2012-2013 était le premier marché remporté par CAF qui venait de reprendre l’usine CFD de Bagnères de Bigorre, pour pouvoir afficher une production en France, argument non négligeable dans l’esprit des décideurs politiques.

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Nantes - Quai de la Fosse - 29 janvier 2016 - Premier succès français pour CAF, la commande nantaise de 12 rames devait s'inscrire dans la continuité fonctionnelle et les dimensions des Incentro. Contrat réussi pour l'industriel qui a démontré sa capacité d'adaptation aux demandes des clients. © transporturbain

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Besançon - Pont Battant - 20 août 2015 - La version courte a bousculé le petit cercle des constructeurs et singulièrement le "champion industriel national" : il était temps, le marché français sombrant dans une certaine monotonie technique... © transporturbain

Dans la foulée, CAF s’intéressa au projet de tramway de Besançon qui cherchait un matériel de moyenne capacité avec une longueur plus faible que celle des matériels « standardisés » français. CAF profita de la possibilité de réagir rapidement sur ce segment de marché auquel Alstom ne s’est intéressé que tardivement, ce qui lui permit d’arriver en situation très favorable et de remporter le marché bisontin comprenant 19 rames. Néanmoins, CAF échoua sur un appel d’offre similaire à Avignon, remporté par Alstom qui lançait son produit « court » sur la leçon de l’échec franc-comtois.

Dernier succès à fin 2013 pour CAF, la commande de 16 rames pour Saint Etienne, où cette fois-ci, il fallut s’adapter aux contraintes de la voie métrique et d’une charge à l’essieu limitée sur un réseau ancien.

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Les autres produits CAF

Outre l’Urbos3, CAF propose à son catalogue d’autres modèles de tramway. Urbos70 est un matériel à plancher bas partiel sur 70% de la longueur de la rame avec des bogies classiques. Cette plateforme a été déclinée pour Bilbao et Houston. La version Urbos AXL peut concilier plancher bas et essieux ferroviaires. Les rames de Stockholm en sont issues. Enfin, CAF propose une version tram-train pour circuler sur des infrastructures ferroviaires.