L’histoire des transports publics à Colmar débuta en février 1879, sous administration allemande, avec la mise en service d’une première ligne de tramways hippomobiles à voie métrique au départ de la gare vers la place du Saumon, rejointe en avril 1893 par une seconde ligne vers la grande rue. Entre temps, un tramway à vapeur, également à voie métrique, avait été mis en service en direction de Wintzenheim et du Kaysersberg en 1885 donnant au réseau sa configuration urbain – suburbain. La même année, ouvrait une ligne, toujours à voie étroite, de 22,5 km vers Marckolsheim, ville reliée un an plus tard à Strasbourg par une ligne de tramway longue de 55 km.

L’électrification du réseau, décidée en 1901, fut l’occasion de remanier le réseau et d’en municipaliser la gestion, confiée aux Usines Municipales de Colmar. Cependant, malgré la faible longueur du réseau, les travaux s’étalèrent sur pas moins de 34 ans, ce qui constitue probablement un record de lenteur pour un réseau somme toute modeste. La ligne de l’ancienne gare au pont du canal fut électrifiée le 15 mars 1902 et prolongée à la nouvelle gare à son ouverture en 1906. La liaison entre la route de Strasbourg et la route de Bâle fut livrée 12 ans plus tard, en février 1914. La ligne suburbaine de Wintzenheim ne fut quant à elle convertie qu’en mai 1935 !

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Vers 1905, devant ce qui était alors la nouvelle gare de Colmar, une petite motrice aux plateformes ouvertes, de conception allemande, stationne au terminus de la ligne du pont du canal.

Durant la première gare mondiale, le trafic de la ligne 2 dut être interrompu et les difficultés économiques de l’entre-deux guerres amplifièrent la situation. Bien que rétablie après l’armistice, les autobus remplacèrent les tramways sur cet itinéraire le 15 janvier 1938.

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Vers 1925, sur l'avenue de la République d'une ville redevenue française, la motrice n°11 longe l'actuel parc du Champ de Mars.

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Dans la rue Kléber, à voie unique, à hauteur de l'évitement, également vers 1925. On comparera avec la photo prise à peu près au même endroit 83 ans plus tard...

Evidemment malmenées pendant la seconde guerre, les deux lignes subsistantes résistèrent aux difficultés d’exploitation et d’approvisionnement. Néanmoins, le réseau succomba à la mode du moment en deux phases. La dernière ligne urbaine fut convertie à l’autobus le 10 novembre 1956. Ironie de l’histoire, restrictions énergétiques aidant, les motrices effectuaient leur retour dès le 30 novembre : l’affaire du canal de Suez procurait un dernier sursaut de courte durée puisque les autobus reprenaient le service le 17 mars 1957. La ligne de Wantzenheim, bénéficiant d’un matériel nettement plus moderne (motrices et remorque Satramo), demeuraient en service jusqu’en janvier 1960.

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Fin de carrrière pour les tramways de Colmar, ici au terminus de la gare, avec une motrice Satramo, défraichie, mais à l'allure plus moderne que sa voisine. On note tout de même l'amorce d'un cintrage de la caisse, du fait des porte-à-faux importants. Colmar avait reçu 2 motrices et 4 remorques de ce type moderne... au destin contrarié par le démantèlement en règle des réseaux. (cliché X)

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Colmar - Avenue Poincaré - 6 juillet 1955 - La motrice n°12 avait été recarrossée, lui procurant cette assure assez particulière, témoignant d'opérations à coût limité en raison de budgets réduits. © J. Capolini

Il s’agit donc d’un des rares petits réseaux de tramways urbains à avoir résisté aux vagues de démantèlement des précédentes décennies : nombre de villes de taille comparables avaient perdu leur réseau avant 1939.

L’autobus trace son chemin

Les autobus, ayant fait leur apparition en 1926, ont alors succédé aux tramways, toujours en régie. Le réseau prit de l’ampleur pour suivre l’urbanisation de nouveaux quartiers, mais l’existence du service fut menacée dans les années 1960, considérant que la généralisation de l’automobile pourvoirait aux besoins de la population. Néanmoins, les années 1970 virent une nette inflexion avec la modernisation du parc et l’apparition de premiers couloirs réservés dans le centre-ville à la faveur d’un nouveau plan de circulation.

En 1990, le Syndicat Intercommunal des Transports de l’Agglomération de Colmar et Environs (SITRACE) fut constitué et confia l’exploitation du réseau par contrat de délégation de service public à la Société des Transports Urbains de Colmar et Environs (STUCE), sous la marque TRACE (Transports de l’Agglomération de Colmar et Environs), avec une extension régulière du périmètre des transports urbains, passé de 3 communes en 1990 à 22 depuis 2012, couvrant donc assez largement le bassin de vie de la préfecture du Haut-Rhin.

Avec 400 km cumulés, le réseau est organisé autour de 9 lignes urbaines, dont 2 circulaires, et 7 suburbaines, assurées par le réseau départemental de Haute Alsace avec une intégration tarifaire dans le PTU. Il dessert 424 points d’arrêts et enregistre en moyenne 19000 voyages par jour. On ne compte que 1800 m de voies réservées, dans une agglomération où la circulation reste facile : néanmoins, 18 carrefours sont équipés d’un système facilitant le passage des autobus. En semaine, le service est assuré de 5h15 à 22h50 et jusqu’à 1h du matin les vendredis et samedis sur la ligne 1.

A partir de 1998, l’agglomération engagea la conversion de son parc d’autobus au GNV, comprenant 40 véhicules dont l’âge moyen est de 10,5 ans dont 35 standards (15 Agora S, 14 Citaro et 6 Citywide) et 2 articulés (Citywide et Citaro), auxquels s’ajoutent 3 midibus Diesel (GX117 et GX127). La longévité des Agora et Citaro semble attester de la bonne tenue des véhicules au GNV.

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Colmar - Rue Kléber - 24 mars 2018 - Les Agora S se font rares mais les véhicules fonctionnant au GNV semblent jouer les prolongations, du moins pour quelques mois car certains auront 20 ans en 2018. A noter en outre la configuration à 3 portes, elle aussi de plus en plus rare. Cet exemplaire assure un service de la ligne 8 en direction de Turckheim. © transporturbain

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Colmar - Avenue de la République - 24 mars 2018 - Ce Citaro de première génération remonte à contresens l'avenue reliant la gare au Champ de Mars, qui donne accès au quartier piéton par le nord. Comme sur le précédent cliché, l'autobus emprunte les mêmes artères que l'ancien tramway. © transporturbain

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Colmar - Place de la gare - 25 mars 2018 - Derniers arrivés sur le réseau, les Scania Citywide pérennisent le duo GNV + 3 portes. Cet exemplaire circule sur la ligne A du service dominical. © transporturbain

Le tramway a fait une petite réapparition à Colmar, dans les débats lors des élections municipales. Le bassin de 115 000 habitants est trop limité pour justifier un tel investissement pour de seuls besoins urbains. L’amélioration du réseau de bus constitue donc une solution logique, d’autant que l’intermodalité est déjà bien aménagée sur le parvis de la gare. A une douzaine de minutes de marche d’un centre-ville en partie rendu aux piétons et aux cyclistes, la gare constitue évidemment un lieu clé du réseau, motivant l’amélioration de l’exploitation de l’axe depuis le théâtre, tangentant par le nord le centre piétonnier de la « petite Venise alsacienne ».