Douze ans après la mise en service de la première ligne longue de 18 km entre Fleury les Aubrais et l'hôpital de La Source, la deuxième ligne de tramway de l'agglomération orléanaise a été inaugurée le 29 juin dernier. D'orientation est-ouest, elle relie La Chapelle Saint-Mesmin à Saint Jean de Braye et croise la première ligne au coeur d'Orléans, place Charles de Gaulle.

La genèse de la ligne B a été complexe puisque l'alternance politique en 2001 avait mis en sommeil le projet, d'autant que la ligne A peinait à rencontrer le succès commercial escompté. La nouvelle majorité penchait pour le bus en site propre voire le tramway sur pneus, avant que la consultation du public ne donne un résultat très favorable au tramway. Se récupérant non sans habileté rhétorique, l'agglomération orléanaise s'enorgueuillit désormais d'être la première agglomération de moins de 300 000 habitants desservie par deux lignes de tramways : le vent a tourné...

Après le débat sur le mode, celui du tracé. Il semblait évident que l'axe est-ouest s'installe sur les boulevards extérieurs et passe par la gare d'Orléans, où la configuration des voies paraissait destinée à accueillir les raccordements. Le choix de l'agglomération fut de passer par le centre-ville, avec des sections de voirie partagées avec la circulation automobile, notamment rue des Carmes. Résultat, les voyageurs de la ligne B  n'ont pas un accès direct à la gare d'Orléans, et doivent soit changer place Charles de Gaulle pour prendre la ligne A, soit parcourir 300 m à pied sur les boulevards et à travers le centre commercial Place d'Arc, en descendant de la ligne B place Halmagrand : en matière d'intermodalité, on a connu mieux... et malgré les protestations des associations d'usagers, l'agglomération n'a pas infléchi sa position. En revanche, elle a finalement accepté que la rue des Carmes soit rendue piétonne, supprimant une section en voirie partagée.

070712_A+B-de-gaulleOrléans, place Charles de Gaulle - 7 juillet 2012 - Sous un ciel bien automnal, les deux modèles de tramways desservant Orléans se croisent sur une place complètement redessinée. A gauche, un Citadis 302 de la ligne B, et à droite, un Citadis 301 de la ligne A. Le croisement se situe à l'emplacement de l'ancienne station. © transporturbain

Toujours au chapitre du tracé, les communes de Chécy et Mardié, à l'est de l'agglomération, n'ont pas obtenu satisfaction : elles souhaitaient l'arrivée du tramway sur leur commune, et de préférence en utilisant la voie ferrée Orléans - Aubigny sur Nère. L'agglomération privilégia un tracé court pour modérer l'investissement et les coûts d'exploitation.

Il y eut ensuite la question de l'alimentation des tramways, et le choix du captage au sol dans le centre, afin de préserver la perspective de la cathédrale. Il en résulte l'étonnant croisement entre la ligne A (alimentée par caténaire) et la ligne B (par le sol), unique en France.

3jeannedarc2Orléans, rue Jeanne d'Arc - 13 mai 2006 - Avant la deuxième ligne, la rue était d'abord dédiée au trafic automobile et desservie par la ligne 3 des autobus en partie remplacée par la ligne B du tramway. © transporturbain

070712_B-jeanne-d'arc8Orléans, rue Jeanne d'Arc - 7 juillet 2012 - Approximativement au même en droit, la rue Jeanne d'Arc reconfigurée à l'occasion de l'arrivée de la deuxième ligne. © transporturbain

Enfin, il fallut s'accomoder de la présence de la ligne de chemin de fer Orléans - Aubigny sur Nère : le tracé initial prévoyait de croiser la ligne ferroviaire à niveau, ce qui provoqua plusieurs procédures et la modification de la ligne B, compte tenu du projet de réouverture de la ligne entre Orléans et Châteauneuf sur Loire. La ligne B ne fait donc que la longer.

Dans le même secteur, les élus de l'est de l'agglomération attendaient un tramway jusqu'aux limites d'agglomération, mais tant le potentiel de trafic que le coût de l'investissement ont favorisé un tracé court, se terminant à Saint Jean de Braye.

070712_B-verville8Saint Jean de Braye (station Verville) - 7 juillet 2012 - La ligne B longe l'emprise de la ligne ferroviaire Orléans - Aubigny sur Nère, faisant actuellement l'objet d'une étude de réouverture. © transporturbain

La ligne B est donc longue de 10,3 km et comprend 25 stations. Elle est desservie par 21 rames Citadis 302 avec alimentation par le sol, au gabarit de 2,40 m, compatible avec les rames de la ligne A, au gabarit de 2,32 m, mais disposant de caisses longues (rames Citadis 301). Toutefois une partie de ce parc est affecté à la ligne A pour resserrer l'intervalle. En revanche, les 22 Citadis 301 acquises en 2000 pour la ligne A ne peuvent circuler sur la ligne B puisqu'elles ne sont pas équipées de l'alimentation par le sol.

Le coût de la ligne atteint 395 millions d'euros, ce qui fait de la ligne B d'Orléans l'une des plus chères de France (39 millions du km), notamment du fait des choix de tracé et de l'accompagnement de projets urbains.

Le réseau d'autobus a été largement restructuré, et Keolis, le nouvel exploitant, a privilégié les lignes longues, très longues, dont on peut craindre qu'elles ne s'avèrent irrégulières en période de fort trafic, notamment la ligne 7 reliant Saran à La Source. En revanche, la desserte de la gare d'Orléans est principalement assurée au passage, et la gare routière située sous le centre commercial n'est quasiment plus utilisée. Il en résulte une notable dissémination des arrêts sur les boulevards, ce qui pose une nouvelle fois la question de la prise en compte de la commodité des correspondances.

Quant à l'accès à la gare, c'est toujours par un lugubre couloir qu'on accède au bâtiment, reconstruit, sauf à passer par l'avenue de Paris. La liaison entre le train et les transports en commun reste chaotique, au moins autant que le service - ou sévice - infligé aux usagers de l'axe Paris - Orléans - Tours...